Introduction
Le procédé facilecture, créé et développé dans le cadre de ma pratique professionnelle a eu longtemps pour champ d’application premier le public scolaire dont j’avais la charge d’enseignement, et plus particulièrement les élèves rencontrant des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. C’est dans l’espace naturel des écoles dans lesquelles j’ai exercé, que j’ai conduit mes recherches et expérimentations personnelles,“sur le terrain”, comme tout enseignant pratique au quotidien.
Dans les lignes qui suivent, je présente l’enchaînement chronologique des pratiques liées au procédé facilecture, depuis sa « naissance » et ses premiers balbutiements jusqu’à son état présent, ceci afin de permettre à chaque nouveau visiteur d’en connaître « l’histoire », s’il le souhaite.
► « Outil » d’aide spécialisée
► « Outil » de différenciation pour la classe
► De facilecture à facilalire
► « Outils » pour l’école et pour les familles
► Des « marqueurs visuels en couleur » pour tous les déchiffreurs …?
« Outil » d’aide spécialisée
Initialement, c’est dans le cadre de mes activités d’enseignant spécialisé chargé de venir en aide à des élèves rencontrant des difficultés en lecture que mon travail a débuté, dans un contexte de rééducation. Cette situation particulière, qui privilégie l’aide personnalisée individuelle ou en groupe restreint, m’a permis alors d’observer en détail les processus de lecture mis en oeuvre par des élèves en difficulté et de les étudier de manière approfondie et suivie, ce que l’enseignement dans une classe ne permet pas de faire avec autant d’acuité.
De ces observations est née en moi la conviction que le concept de « graphème » représentait un paramètre d’importance capitale dans l’acquisition de la lecture et qu’il convenait de lui donner « visuellement » toute la dimension qu’il se devait d’avoir au cours de l’apprentissage, afin qu’il vienne contester la suprématie « infondée » trop souvent accordée à la « lettre ».
Il m’est alors apparu nécessaire de rechercher une forme de codage visuel simple des graphèmes afin d’aider les élèves à percevoir les correspondances grapho-phonétiques dans un ensemble de lettres noires monochromes qui composent un texte écrit ordinaire. C’est ce que j’ai fait graduellement, au cas par cas, utilisant crayons de couleurs et crayons feutres tout d’abord, avant d’exploiter plus tard les ressources offertes par l’ordinateur lorsque cet instrument est devenu un outil familier.
Ainsi, après bien des tâtonnements, essais, et expérimentations sur le terrain, avec « mes » élèves, est né le code facilecture qui fait apparaître en couleurs les « sons voyelles », en gris les lettres muettes, et signale par la taille ou l’italique les « graphèmes consonnes » ambigus.
A partir du code facilecture ainsi élaboré, et « arrêté », j’ai fabriqué au fil du temps et des besoins plusieurs outils essentiels à ma pratique d’enseignant spécialisé : un jeu de cartes illustrées, des étiquettes, des listes de mots fondamentaux et de vocabulaire scolaire, des consignes écrites « incontournables », des courtes phrases extraites de méthodes et manuels, des codages de comptines, des textes d’albums ou de récits sur lesquels travaillaient avec leurs maîtres les élèves que je suivais, dans les classes où j’intervenais. Bien sûr, ne me quittaient jamais les trousses de crayons de couleurs et de feutres facilecture que je m’étais constituées initialement et qui me permettaient d’écrire et de coder « in situ » sur tout support blanc, à tout moment, et en tout lieu, lorsque de besoin.
Ce bagage d’outils et de ressources diversifiées m’a permis d’apporter des réponses dans plusieurs situations rencontrées dans le cadre de mes interventions d’enseignant spécialisé et a aidé un certain nombre d’élèves à surmonter leurs difficultés.
« Outil » de différenciation pour la classe
Après avoir développé et appliqué le procédé facilecture dans le cadre de l’aide spécialisée, qui s’adresse à un élève ou à un petit groupe d’élèves, j’ai voulu élargir le champ de l’expérimentation et l’appliquer au contexte du groupe-classe, qui est la « structure » de base de l’enseignement.
C’est en CE1 (cours élémentaire 1ère année ; 7- 8 ans) que je me suis « établi » pour expérimenter le procédé facilecture avec pour objectif de l’intégrer comme outil de différenciation pédagogique au sein de l’enseignement dans une classe.
La classe de CE1, qui est devenue aujourd’hui le lieu d’accueil de presque tous les enfants de 7 ans, quel que soit leur niveau scolaire, convient bien à une telle expérimentation du fait de l’hétérogénéité qui caractérise généralement ce cours. On peut en effet y trouver réunis des élèves allant de ceux qui lisent couramment à ceux qui n’ont pas encore acquis le principe alphabétique, à savoir qu’à un graphème (lettre ou groupe de lettres) correspond un phonème (son de la langue), principe dont la compréhension est indispensable à l’apprentissage de la lecture. Les disparités y sont telles parfois entre les élèves que l’enseignement dispensé ne peut y être que « différencié » si l’on veut qu’il ait quelque efficacité pour les plus faibles et les plus en difficulté. Une classe très difficile à gérer dans de telles conditions, et qui constitue avec le CP (cours préparatoire ; 6 – 7 ans) l’unité vitale des apprentissages fondamentaux à l’école élémentaire.
Adaptation à la diversité
Dans la prise en charge d’un grand groupe, ce qui change radicalement d’avec l’aide spécialisée, c’est le nombre, bien évidemment, donc la multiplication et la gestion des individualités et des différences, et donc des outils et des ressources, le tout dans la simultanéité des tâches et l’unité de la classe. Et tout enseignant sait combien les aspects « matériels » sont primordiaux dans la gestion et l’organisation pédagogique d’une classe.
Du fait de ces paramètres propres à l’enseignement-apprentissage avec un grand groupe, j’ai été nécessairement conduit à modifier les ressources que j’avais créées pour l’aide spécialisée afin de les adapter au contexte de la classe ; ces modifications ont porté principalement sur : les dimensions, les formes, les quantités ainsi que sur les supports et les modes d’accès (présence de PC dans la classe, accès libre ou accompagné). Des diversifications et créations se sont également révélées nécessaires.
Un même texte, sous diverses formes et supports
En situation d’apprentissage de la lecture, lors de l’étude d’un texte en classe (album, récit) le contenu demeure le même pour tous, même si les voies pour le lire, le comprendre, l’analyser, diffèrent pour chacun selon ses compétences, ses savoirs et ses possibilités.
Ce que l’on peut faire varier et modifier, c’est la forme du document (dimensions, mise en page, taille des polices, couleurs) et le support (papier, écran). Ces modifications ont pour but d’adapter aux élèves les ressources d’étude et d’apprentissage afin d’en faciliter leur exploitation et leur usage dans le cadre de la classe : affichage mural, travail en atelier, découpage, collage dans un cahier, conservation dans un dossier, utilisation sur ordinateur, en monochrome, en couleur, sous forme de lexique, sous forme de phrases, de pages …
C’est ainsi que j’ai pu graduellement concevoir et réaliser, pour les mettre à la disposition des élèves qui en avaient besoin, des textes et lexiques en noir et en codage facilecture sous forme papier et sous forme de disquette -ou fichier informatique- pour être visualisés sur écran. Ces textes et disquettes emportés à la maison ont été un élément de lien avec les parents qui ont ainsi pu découvrir le mode d’approche de la langue écrite tel qu’il était pratiqué en classe, et prendre conscience, pour certains, de la complexité de la tâche d’apprentissage de la lecture…. et de l’orthographe en langue française.
Ces outils, je l’ai constaté chaque fois -et ce n’est pas je crois le moindre de leur intérêt- permettent de dresser un pont entre l’école et la famille ; ils permettent de faire saisir rapidement et de manière implicite tout ce que notre langage de professionnel et de spécialiste de l’enseignement ne peut faire comprendre à de nombreux parents qui ont des représentations scolaires qui renvoient à leur propre vécu, à leur propre enfance, à leur propre apprentissage et n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement de l’apprentissage que celui qu’ils ont connu ; parce que nous ne parlons pas le même langage ; parce que nous ne mettons pas le même sens sous les mots ; parce que nous n’avons pas les mêmes représentations des apprentissages.
De facilecture à facilalire
Parallèlement à la mise en place de facilecture, conçu pour aider les élèves à comprendre et à maîtriser la correspondance grapho phonétique, il m’est vite apparu nécessaire de mettre en place aussi pour certains élèves qui en avaient manifestement besoin, une aide à la fluence, à savoir un outil d’entraînement à la lecture « courante » qui prenne en considération la fusion syllabique bien sûr, mais aussi et surtout qui s’attache à mettre en évidence la ponctuation ainsi que les liaisons que comporte la langue orale.
C’est ainsi que sur le même principe de codage utilisant des marqueurs visuels, j’ai conçu et développé le procédé facilalire* qui s’attache à faire travailler l’élève sur ces points tout particulièrement : un stade intermédiaire entre l’apprentissage du code grapho phonétique et la la lecture rapide, orale et silencieuse qui caractérise le « bon » lecteur.
Sur un schéma identique à celui adopté pour facilecture, j’ai créé des ressources de même type (lexiques et textes codés facilalire) que j’ai intégrées dans « l’offre » de différenciation des écrits.
Ainsi, en fonction de la situation d’apprentissage propre à chaque élève et de ses besoins particuliers, centrés sur le code ou sur la fluence, j’ai pu mettre à sa disposition un ensemble de ressources différenciées : codage facilecture, codage facilalire, noir et blanc, toutes portant sur le même contenu sémantique et utilisables sous des formes et supports variés.
Ce bagage d’outils et de ressources diversifiées m’a permis d’apporter des réponses dans plusieurs situations rencontrées dans le cadre d’une classe ordinaire et a aidé un certain nombre d’élèves à surmonter leurs difficultés.
* facilalire est le prolongement naturel de facilecture et se situe au-delà de l’apprentissage de la correspondance spécifique entre les sons et les signes.
Le procédé facilalire est fondé sur un code visuel de 2 couleurs.
Les couleurs (bleu et vert) indiquent les voyelles et semi-voyelles.
Le procédé facilalire indique : les voyelles, les consonnes, les lettres muettes.
Le procédé facilalire signale en rouge la ponctuation, élément fondamental de l’écrit.
La voyelle est le coeur de la syllabe. Sans voyelle … pas de syllabe….
Le procédé facilalire ne code pas la syllabe ! Il donne seulement les indices qui permettent de voir où se situent les voyelles… donc les syllabes.
Il laisse l’élève faire lui-même le travail de synthèse et de fusion : voyelles et consonnes qui donnent lieu à la construction de la syllabe.
Il ne fait pas ce travail pour lui…étant justement ce que l’élève doit apprendre à faire « par lui-même » pour savoir déchiffrer.
facilalire aide au déchiffrement syllabique et entraîne à son automatisation.
facilalire entraîne à la lecture fluente.
Les procédés facilecture et facilalire sont totalement indépendants dans leur utilisation.
Suivre ce lien pour découvrir le procédé facilalire
« Outils » pour l’école et pour les familles
Procédé développé à titre personnel pour usage dans le cadre de ma propre pratique professionnelle, facilecture n’a été connu jusqu’en 2008 que de quelques dizaines de personnes qui savaient qu’il était l’objet de mon obstination à lui donner forme et vie sous une forme transmissible et utilisable par le plus grand nombre, à savoir, mes collègues enseignants des écoles en tout premier lieu, et les parents aussi, à l’image de tous ceux que j’ai rencontrés au cours de ma carrière, et chez qui j’ai perçu bien souvent le besoin et le désir d’être aidés pour accompagner leur enfant dans l’apprentissage de la lecture, particulièrement lorsque les difficultés créent une situation de détresse.
En mars 2008, la mise en ligne de mon site personnel facilecture et la publication concomitante par les éditions MDI de la première application du procédé facilecture sous la forme d’un coffret pédagogique Je vois les sons, ont modifié totalement la situation.
A partir de ce moment, et la « magie » de l’Internet opérant, mon site personnel facilecture est devenu l’objet de très nombreuses visites ce qui m’a valu des contacts venus de toute la France et de l’étranger : enseignants bien sûr, et parents également. Des questions, générales ou techniques, des interrogations, des demandes, des souhaits, et des encouragements aussi … ce qui est toujours agréable à recevoir, quel que soit l’âge…
En mai 2009, la mise en ligne de mon second site personnel consacré à facilalire a contribué à faire connaître mes « recherches de terrain » à un plus grand nombre de collègues dont plusieurs, intéressés par ma démarche, m’ont contacté.
L’intérêt manifesté pour mon travail par plusieurs correspondants, et leur volonté de tenter d’appliquer les procédés (l’un ou l’autre ou bien les deux) m’ont conduit à leur proposer, s’ils le souhaitaient, de collaborer ensemble pour qu’ils puissent mettre en pratique, sur « leur » terrain, les outils et ressources facilecture, et/ou facilalire, en toute liberté, et selon leurs propres choix pédagogiques, leur apportant pour ma part une aide « matérielle » qui consiste à produire pour eux, à leur demande et à la carte, des ressources adaptées à leurs besoins. Ainsi se sont établis des échanges épistolaires et téléphoniques, riches et constructifs, avec des inconnus qui sont devenus au fil du temps, des prénoms amis, aux voix « sans visage » pour certains -ne les ayant pas rencontrés-, des compagnons de route avec lesquels mon intérêt pour la pédagogie n’est pas en retraite …
Depuis septembre 2008, plusieurs expérimentations que « j’accompagne » ont lieu dans diverses écoles et classes : cycle 2, (GSM, CP, CE1), CE2, CLIS (classe d’intégration scolaire), classe « DYS », RASED ( Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté), FLE (classe en Grande Bretagne), ainsi que dans des familles.
Toutes ces expérimentations conduites par des enseignants, ou menées au sein de familles par des parents que « j’accompagne », toutes confirment les effets positifs que j’ai observés moi-même et que je continue de noter au cours des expérimentations que je poursuis toujours, à savoir que :
le procédé facilecture est un outil d’aide à l’apprentissage de la lecture qui facilite :
– la prise de conscience du principe alphabétique
– la compréhension et la mémorisation de la correspondance grapho-phonémique
– la conscience phonologique
– l’automatisation de la fusion des phonèmes et des syllabes
– le « sens » de la langue écrite
et dont les améliorations, assorties de « réussite », ont des effets immédiats sur l’estime de soi, la confiance en ses possibilités, le plaisir d’apprendre et de « mettre du sens » sur ses apprentissages.
le procédé facilalire est un outil d’aide à l’apprentissage de la lecture qui facilite :
– le déchiffrement syllabique et son automatisation
– la lecture « orthographique » des mots et l’accès plus rapide à leur « sens »
– la segmentation sémantique de la phrase, grâce à la visualisation de la ponctuation
– la distinction entre narration et dialogues, entre discours indirect et discours direct
– la lecture fluente, à voix haute et silencieuse
et dont les améliorations, assorties de « réussite », ont des effets immédiats sur la compréhension du texte, plus rapide, plus fine, et procurent à l’élève la satisfaction de « savoir » lire, bien mieux, bien plus vite, et l’invitent à lire bien plus … et à y trouver du plaisir…
A ce jour, les procédés ayant quitté le champ de ma seule pratique, ils sont devenus une réalité partagée et ils vivent ça et là, portés par des collègues et des parents convaincus de leur intérêt pour les avoir expérimentés et utilisés sur le terrain, dans les écoles, en famille.
Je n’ai pu accompagner, tous ceux nombreux qui le souhaitaient, pour des raisons évidentes de temps … Plusieurs correspondants m’ont fait savoir qu’ils appliquaient les procédés, se servaient des outils désormais édités, et que ceux-ci étaient fort utiles aux enfants et à eux-mêmes, ce dont je ne peux que me réjouir.
Des « marqueurs visuels en couleur » pour tous les déchiffreurs … ?
Conçu initialement pour aider les élèves rencontrant des difficultés dans l’apprentissage de la lecture, le procédé facilecture peut être utile pour les élèves qui n’ont pas de difficulté. C’est ce que les expériences sur le terrain semblent indiquer, pouvant laisser supposer (hypothèse que je me hasarde à formuler) que le codage via les marqueurs visuels en couleur permettrait de déclencher chez le jeune enfant, de manière plus précoce qu’en présence de seuls signes noirs monochromes, la recherche d’analyse de l’écrit et le questionnement sur le rapport existant entre les signes graphiques et la langue parlée, marqueurs visuels qui lui serviraient alors d’indices et de guide dans la construction de son déchiffrement de ces signes obscurs.
La couleur est un paramètre visuel qui permet d’effectuer des opérations de tri, de classement, de sériation, de distinction, en toutes situations ; elle est un repère naturel pour tout être voyant, un indice « sensoriel » utile dans la construction de la connaissance … «connais-sens» …
Pour celui qui ne sait pas lire dans une langue inconnue, un texte apparaît comme un embrouillamini de « hiéroglyphes » qui peut ressembler à ceci :
Essayons de tirer de cet ensemble de signes graphiques quelques indices qui pourraient donner lieu à la formulation d’hypothèses. Tentons de le décrypter en quelque sorte. Le décryptage de cet ensemble de signes graphiques monochromes est-il aisé ?
Observons ensuite le même texte en codage « facilecture » et procédons à la même tentative.
La couleur ne facilite t-elle pas l’analyse ?
Ne donne t-elle pas des indices qui peuvent aider à la formulation d’hypothèses « plausibles » ?
N’apporte t-elle pas plus d’enseignements que le monochrome ?
Ne favorise t-elle pas, tout en « l’encadrant », l’activité cognitive ?
Pour accéder au décryptage de ce texte codé, cliquer ici
L’enfant qui entre en contact avec la langue écrite n’est-il pas dans une « situation problème » comparable à celle vécue par le déchiffreur des hiéroglyphes, Jean-François Champollion ?
Ce document de travail, colorié de sa main, peut laisser interrogateur …
Pour visualiser le document de travail, cliquer ici

      Dossier Le corps à l'école




